Championnat du Monde d'Endurance
200 Miles d'Imola, le billet de Fast Sebil

J'ai été réquisitionné par la police pour disputer les 200 Miles d'Imola, première manche du Championnat du Monde d'Endurance.

PAS D'EXCES DE VITESSE ! ! !


Les 24 Heures du Mans étant hors championnat tout comme Spa et le Bol d'Or, ce sont les 200 Miles d'Imola qui ouvrent le Championnat du Monde d'Endurance.
Si l'on peut parler d'endurance avec ce format de course très courte puisque 2H15 suffisent pour en venir à bout.
Deux ou trois pilotes pour à peine trois relais, cela s'apparente davantage à une course de vitesse qu'à de l'endurance. Mais ne boudons pas notre plaisir, le circuit d'Imola est un tracé magnifique, rapide et vallonné, technique et bosselé et en roulant pour le Team 22 de la police nationale,
je jubile à l'idée que plus je vais aller vite, plus les flics seront contents. Ce n'est pas tous les jours !

Bertrand SebileauPour découvrir le tracé et la Kawasaki ZX-9R Super Production du team 22, nous ne disposons que d'1H45 d'essais libres en deux séances. C'est court.

D'autant plus court que le tracé est difficile et que la moto réclame pas mal de réglages. Mais nous parvenons à la faire évoluer positivement à chaque sortie et Dunlop a bien ciblé les enveloppes disponibles ce qui nous fait gagner un temps précieux.Le seul problème en fait, c'est que la moto pêche en performances.

Déjà, avec 100 cm3 de moins que ses rivales les Suzuki GSX-R et Yamaha R1, la Kawa s'auto-pénalise de 10%. Ensuite, le règlement autorisant un allègement proportionnel au poids d'origine, la ZX-9R davantage axée route que circuit en version de base est 15 à 20 kg plus lourde que ses rivales et maintien de façon réglementaire cet écart en version course.

Enfin, si la Suz et la Yam bénéficient d'une pleine saison de développement et que leur alimentation par injection permet de progresser en rendement bien plus efficacement qu'avec la rampe de carburateurs entièrement d'origine de notre Kawa, celle-ci en est à ses débuts en compétition et il y a tout à faire.

Le dernier point pénalisant concerne la fourche qui, n'étant pas inversée d'origine, nous empêche d'utiliser une suspension développée pour la compétition, aucun fabriquant n'ayant travaillé sur une fourche conventionnelle.
15 à 20 chevaux de moins, 15 à 20 kilos de plus et une fourche d'origine, nous parvenons malgré tous ces handicaps à nous qualifier dans le top-ten en nous plaçant 9e sur la grille.

Ayant été aussi rapide l'un que l'autre aux essais, Jehan d'Orgeix et moi tirons à pile ou face l'ordre de départ.
La chance me sourit et la responsabilité de démarrer et de conclure m'échoit, Jehan devant assurer le relais du milieu. Si je m'extraie correctement de la grille de départ type le Mans, je me fais ensuite déborder de tous les côtés par les machines rivales plus puissantes dans la grande ligne droite incurvée qui conduit à la première chicane.

Subir le trafic est extrêmement pénalisant et je ne peux rien faire au freinage pour améliorer ma position. Je boucle le premier tour aux alentours de la 15ème place et une chute collective me permet de revenir au contact du top-ten.

Sur ce tracé, outre les chicanes vite en entrée et resserrées en sortie qui sont plaisantes, j'apprécie particulièrement tout l'enchaînement d'Aqua Mineral, un grand gauche rapide en descente qui donne sur un double droite très vite en entrée et très lent sur la sortie bosselée qui monte à flanc de colline.

C'est technique en même temps que gros coeur et les différences de pilotage s'y expriment merveilleusement. Moins plaisant en revanche est le fait de me faire dépasser par les machines de pointe, sans rémission, comme je le faisais par rapport aux motos privées, du temps de la splendeur de la ZX-7R.

Notre faible puissance complique également les dépassements d'attardés qui nous lâchent sur chaque bout droit et nous bouchonnent ensuite. Il n'est pas rare que je sois obligé de patienter 3 ou 4 virages pour dépasser un concurrent beaucoup plus lent qui, à performances de moto égales, aurait été doublé dans la foulée.

Au premier ravitaillement, l'équipe technique effectue le plein et le changement des deux roues en moins de 20 secondes et Jehan repart en 9ème position. Après un relais rapide et régulier, la moto rentre et nous raccourcissons le ravitaillement de 6 ou 7 secondes en ne changeant que la roue arrière.

Au vu du résultat final, c'est bien joué puisque nous terminons septième 7 secondes devant la Guyot et 8 devant la Yam 38.

Mais en fait, si j'ai mis du gaz en début de relais, réalisant le meilleur tour en course de notre moto en 1'58'2, j'ai ensuite rendu la main quand l'écart m'a été panneauté et l'ai géré jusqu'à l'arrivée.
Mais, au vu du potentiel actuel de la moto, terminer après une course sans faute et tactiquement parfaite à la septième place a valeur de victoire.

Bon week-end donc même si l'organisation fantaisiste sur le plan sportif considère toujours aussi peu les pilotes en leur versant des primes d'arrivées indignes.
Mais un bon coup de moto sur un beau circuit, par beau temps, dans une équipe sympa et sérieuse avec un beau résultat à la clé ne peux pas faire de mal.
Et être en bonne relation avec la police non plus !


Bertrand Sebileau