Coupe de France d'Endurance Metzeler
Circuit du vigeant - 28 & 29 Septembre 2003

Coupe de France d'Endurance Metzeler

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Une fin d'une saison difficile...mais au combien enrichissante ! par Eric PICQUOT

Les amis m'avaient prévenu.
Le VIGEANT est un circuit difficile aussi bien pour les hommes que pour les machines.
Le ton était donné et la musique que nous allions jouer durant ces quatre jours, allait être le fidèle reflet de ces prédications.

Pourtant c'est avec conviction et énergie que l'équipe s'était constituée. Christophe Scaglia et sa future copilote Christine, Ludovic Pierre, Damien et Carole Leguellec ma copilote volontaire in extremis pour m'accompagner dans cette dernière aventure après que Jean-Pierre Michoux (copilote à Dijon Prenois) ne déclare forfait sur blessures (une chute spectaculaire lors d'une endurance en Solex ! ! Ca ne s'invente pas ! !), et enfin mon père fidèle depuis la première course de la saison, tout se petit monde rassemblé pour fournir le meilleur de soi même et nous permettre de faire, nous aussi, de notre mieux.

Je pars, comme d'accoutumé, tôt dans la nuit de mercredi soir, fait le voyage de nuit et arrive vers les trois heures du matin pour m'installer tout prêt de magique Yannick Pacaud (#32) qui m'avait garder une place au chaud.
Malgré ma discrétion (arrivée phares allumés, rotation autour de sa tente pour trouver la meilleure orientation, coup de Klaxon par inadvertance, etc.) Yann se réveille et nous taillons la bavette avant que je me décide à tenter de dormir "à la dure" dans le Kangoo...
Mauvaise idée, le sommeil sera de bien piètre qualité mais heureusement la nuit sera courte.



Jeudi 25 septembre :
L'installation de notre campement se déroulera au gré des séances d'essais libre et de l'arrivée des membres de l'équipe.
Carole et Damien arrivent pour les premières séances.
Nous disposons de deux motos : Celle de course un 600 gex 2002 (le même que celui de Dijon mais réparée bien sur !) et la R6 à carburateurs de Carole.
Nous découvrirons le circuit sur nos machines respectives. Et le résultat est immédiat : P....n il est technique ce circuit !

eric picquotLes chronos sont minables mais on se dit que c'est normal.
Par contre en fin de journée et après avoir échangé nos montures, il faut se rendre à l'évidence d'une part que le R6 est nettement plus facile que le GEX, que son moteur est plus expressif, que la Suzuki n'a pas la bonne démultiplication, que les suspensions montrent leurs limites, et quelques autres broutilles qui finiront pas nous les brouter !

Le soir, les mécanos sont à la fête. Les jeux de démultiplication que nous avons sont un panachage de 5.20 et de 5.25 et bien évidemment il nous manque le maillon rapide qui va bien !
Et un tour de paddock pour trouver. Je reviens glorieux avec deux attaches... mais non !
l'une est trop large et l'autre est trop courte. Enfin, nous finissons par trouver une âme charitable qui nous dépanne d'une attache rapide (j'ai tellement sollicité de monde que je ne me souviens plus qui est notre sauveur !
Mais il se reconnaîtra et je profite de ces lignes pour le remercier chaleureusement).

Une fois la démultiplication modifiée...et bien le bac à huile vient toucher la roue arrière...et hop découpage et résine et bien évidemment comme nous étions en fin de réglage de détente sur notre fourche qui n'en finissait pas de nous remonter dans les dents à chaque entrée de courbe (et il y en a des courbes au Vigeant !) Ludo dans sa grande lucidité propose de reconditionner la fourche (vidange, nettoyage, changement de la viscosité de l'huile, adaptation des hauteurs d'huile) et hop !

un nouveau tour de paddock pour trouver de l'huile de fourche (là je me souviens, un grand merci à Laurent Yvin de la #222 pour le don de l'huile qui va bien).
Les pilotes, grand qualificatif pour un week-end où les performances m'ont bien manqué, ont le droit d'aller se coucher pendant que les mécanos triment durs.



Vendredi 26 septembre :
Une très bonne nuit pour moi, un petit déjeuner sympathiquement préparé par Christine qui assurera avec Carole une intendance des plus efficace et revigorante, et nous voilà parti pour un second jour d'essais libres.
Nous améliorons au fur et à mesure le comportement de la moto mais les chronos, eux, ne baissent pas et le moral en prend un coup !

C'est vraiment difficile, je suis particulièrement mécontent de moi car je ne parviens pas à dépasser mon sentiment d'insécurité sur la moto (certainement un mixte entre les souvenirs de ma chute à Dijon et une moto qui ne parvient à nous donner confiance).
Avec Carole nous avons la même analyse : la moto est floue en entrée de courbe et le R6 nous permet de rouler entre 4 et 6'' plus vite. Hésitation, fait-on la course avec la moto à Carole ? Concertation entre toute l'équipe, il est décidé de rouler avec le Gex. Je propose une dernière modification de démultiplication pour les séances d'essais qualification du lendemain.
L'idée plaît peu, nous ne la retiendrons pas !
Nos dernières phrases de la soirée sont dites pour redorer notre confiance qui s'effrite pour l'instant chaque jour un peu plus.



Samedi 27 septembre :
eric picquotC'est aujourd'hui qu'il faut se sortir les doigts du c...l !
Je commence pour les séances qualificatives. Enfin pas tout de suite car le brouillard est de mise. 40 minutes plus tard, c'est parti pour quelques tours de galère !
J'ai un nouveau casque (celui de Dijon ayant souffert !) et j'ai oublié de mettre les Rilsans pour maintenir entrouverte la visière qui de surcroît n'est pas antibuée.
Je tente de rouler en tenant cette fichue visière, je roule en retenant ma respiration dans les courbes, mais rien n'y fait !
Merdasse, je m'arrête demande à ce que l'on me mette les fichus Rilsans. Les mécanos courent vers le box le plus proche, obtiennent ce qu'ils demandent, les places sur mon casque et me revoilà parti pour ... deux tours et le drapeau à damiers de fin de la première série d'abat.
Je suis vert de rage car les chronos sont pitoyables... je ne vais donc pas y arriver ! Carole s'élance et à son retour ses chronos sont identiques aux miens... elle ne se fait pas au Gex.

La deuxième série doit être meilleure. Je me dis que même si je ne fais que quelques tours, je dois descendre en dessous des 2' (facile avec le R6 mais pas encore obtenu avec le Gex). C'est parti, je chauffe les pneus sur deux tours, et me lance de toutes mes forces, je m'invective dans le casque, chaque courbe est l'objet d'une attaque sur moi-même, je ne me laisse pas en paix et sur deux tours je donne mon maximum. 1'58'' et des broutilles... tout ça pour si peu !

Mais la barre des deux minutes est enfin dépassée. Carole fera mieux que moi ! Dit trivialement mais avec beaucoup de respect : elle est bien cette fille !
Sa volonté est manifeste et malgré sa réticence à apprécier la moto, Carole fait mieux pour nous montrer que c'est possible et que la moto peut le faire ! 1'57'' sera notre meilleur chrono.

La finale B nous tend les bras et à la 23ème place. Carole ayant fait le meilleur chrono, elle prendra le départ. La suite, vous la connaissez si vous avez lu les nouvelles sur l'ex forum : après un bon départ et une remontée régulière, nous tenons la 16ème place après 20 minutes de course.

Puis la Suzuki n°110 ne passe plus devant nos chronos, la voiture de sécurité est lancée sur la piste, l'ambulance et ensuite l'hélicoptère. Les traits des membres de l'équipe sont tirés, nous savons que Carole souffre et nous ne pouvons rien pour elle.
Une chute dans le double droite après la ligne droite des stands, l'avant qui part, le pilote qui suit Carole qui est surpris et qui chute et sa moto vient percuter et fracturer l'avant bras de notre copilote. Abandon !


L'équipe replis tranquillement nos affaires, et les images de douleur et de tristesse sur le visage de Carole flottent dans nos esprits. On est samedi et la saison est finie. Je resterai dimanche pour faire le ravitailleur de l'équipage #222 (Laurent Yvin et François Retailleau).
Et prendrai le temps d'attendre lundi pour aller voir Carole au CHU de Poitiers. Cette visite me réchauffera le cœur, car je retrouverai un pilote souriant, et serein dans l'analyse de sa chute. Les projets pour l'année prochaine s'esquissent déjà, timides mais présents.



Dimanche 28 septembre :
Me voilà enrôlé dans l'équipage 222 comme ravitailleur. Je suis content de participer de l'intérieur et à une autre place que celle de pilote à l'endurance A.
Cela me permet de penser à autre chose et satisfait à mon envie d'en découdre. Avec une équipe réduite à sa plus simple expression les relais s'enchaînent bien et les places se grignotent au fur et à mesure.
A la 20ème place tout le monde est heureux et seul un circuit de liquide de frein qui fuit et des plaquettes en fin de vie viendront, malgré l'intervention rapide des mécanos, faire perdre 7 places aux deux pilotes rapides et constants. 27ème en finale A, toutes mes félicitations à Laurent Yvin et François Retailleau.



Lundi 29 septembre :
La surprise du chef : une fois tout le bardas chargé dans le Kangoo et alors que je fais le petit tour du propriétaire avant de me rendre au CHU, je constate que j'ai une roue de crevée sur la remorque et bien évidemment je n'ai pas de roue de secours.
Zen, j'attrape d'une main au fond du fameux bardas la pompe et regonfle la roue !
Elle tiendra jusqu'à la grande surface spécialisée dans le dépannage qui va bien. La saison est finie et j'ai enfin des pneus neufs et une roue de secours pour la remorque.... Tout vient à point à qui sait attendre.

Bien évidemment ce week-end semble bien triste en événements malheureux et tracas divers, mais se serait omettre la dimension sociale de ces moments et les capacités de soutien moral et d'entraide qui flottent dans le paddock.
Alors les résultats sportifs ne sont pas là, mais je suis heureux de vous avoir tous rencontrés et vous remercie encore tous pour votre aide, votre disponibilité et votre bonne humeur.

A l'année prochaine pour de nouvelles aventures sportives mais surtout humaines.

Bises à tous !

Eric PICQUOT

Saison 2003 : Présentation, Règlement 2003, La Société Perceval Motorsport Events, Les Courses, Plan des Circuits, Classements 2003