| Championnat de France des Rallyes routiers |
| par Nils Moulin et le CROC SLIDERS RALLYE TEAM |
Retour sur le rallye du VELAY 2000 Ce rallye s'annonce assez bien, voire très intéressant, une boucle de 125 km avec 3 spéciales ce qui va faire du boulot en reconnaissance. J'arrive le mercredi soir, j'installe la tente au camping, très bon accueil, et beau camping, il n'y a plus qu'à partir en reconnaissance. Sitôt dit, sitôt fait, me voilà sur Pupuce, en train de suivre le road-book et de repérer le routier. Juste un petit contretemps, j'apprends en arrivant que le routier a changé. La Préfecture a refusé une spéciale la jugeant trop dangereuse, vis à vis du profil de la route. Bref, il n'y aura plus que deux spéciales par boucle et la boucle a été réduite à 90km. Ce devrait être plus tranquille comme routier. Effectivement, partant du centre ville du PUY EN VELAY (43), le routier est relativement simple, sans gros pièges où tu risquerais de te paumer.Ce qui me sera confirmé tout au long du parcours. J'arrive à la première spéciale, avec pas mal d'avance sur le temps, faudra vraiment rouler doucement pour ne pas arriver trop tôt le jour du rallye (sinon les pneus y refroidissent au CH). Il s'agit d'une petite spéciale (2 km), mais avec beaucoup de beaux virages, chouette ! Première montée, allure réduite, il s'agit de repérer les trajectoires, les défauts de la route, et de faire attention aux véhicules qui empruntent cette route car elle est ouverte à la circulation ! Première impression : il faudra revenir quand il fera nuit car il y a beaucoup de virages aveugles où l'on ne voit pas si une voiture arrive en face, la nuit, on peut apercevoir les phares, alors que le jour non, de plus, la route est assez étroite. Mais le revêtement est très abrasif ce qui permet de prendre des angles très fermés à pleine vitesse. Une dizaine de montée plus tard je reprends le routier et me dirige vers le CH suivant. Lorsque j'arrive à BESSAMOREL, je me rends compte qu'il ne faudra pas traîner sur cette partie du routier. Il y a quelques endroits où l'on ne peut pas rouler bien vite du fait de la présence de graviers, ou de sable, sur la route. Surtout avec une moto comme Pupuce, un supermotard y serait plus à l'aise, mais cela reste largement possible en faisant attention. Continuons le routier et voyons ce qu'il devient. Bon, on arrive à la deuxième spéciale, tiens, il y a déjà du monde. Finalement on se retrouve à cinq motos, et c'est parti pour la reconnaissance. Les autres partent déjà comme des balles, Hé ! Du calme ! C'est la première pour moi. J'espère qu'ils vont m'attendre en arrivant en haut, avant de redescendre. Il n'est jamais agréable de croiser un autre concurrent venant dans l'autre sens surtout lorsqu'il nous arrive de couper un peu les virages. Là, on change musique, la spéciale est longue (4 km), le revêtement a l'air d'avoir un très bon grip, mais le gravier se décolle. Il y a en plus beaucoup de graviers éparpillés sur la route, ça promet. Un peu plus tard, après quelques montées, je commence à entendre le cri du cale-pied droit, puis gauche, ça commence à être sympathique. Puis, d'un coup, après une petite bosse, c'est le sabot qui proteste du côté droit ! Et du côté gauche aussi ! Oups, c'est INGECAR, mon carrossier qui ne va pas être content ! Une montée plus tard, ça devient de plus en plus chaud, le pneu arrière commence à dériver, la roue avant déleste en sortie de courbe, bref le top... ! Je me régale, et avec le chrono je vois que je monte en 3 minutes environ. C'est pas mal, mais cela se travaille. Comme pour la première, je décide de revenir faire un tour cette nuit. De retour au camping, je fais un rapide check-up sur Pupuce, et je constate que les pneus commencent à faire de belles boulettes. Comme quoi je ne me suis pas trompé sur la qualité du revêtement, il va falloir é-co-no-mi-ser ! Ce serait dommage de se faire recaler au contrôle technique pour des pneus lisses, où d'être obligé d'abandonner avant la fin parce qu'on roule sur la corde ! Le soir arrive, Elisabeth aussi. Quelques autres concurrents s'installent sur le camping, des connaissances en plus. On s'entraide pour monter les tentes et on s'organise pour les reco du soir. La nuit est tombée, départ des reconnaissances de la première spéciale. Quand il fait totalement noir, comme maintenant, cela fait une impression très particulière. Les sons, les sensations, l'odeur, tout semble prendre une autre dimension.Le fait de rouler fort au milieu de cette ambiance, change notre perception des choses, on est un petit peu ... transformé. Du côté de la reconnaissance proprement dite, tout se passe bien. J'essaie de retenir, les endroits où il va falloir que je freine, pas évident dans le noir, même avec 2 feux et 4 longues portées, les endroits où je dois changer de rapport de boîtes, les trajectoires, etc... Si on compare le jour et la nuit, les repères de freinage sont les mêmes, les trajectoires à peu près identiques, mais la torsion de la poignée de gaz, ce n'est pas pareil. Qu'est-ce qui peut bien me retenir ? La raison, je crois. Je ne dois pas être assez cinglé pour prendre un virage ou une courbe, en y voyant deux à trois fois moins qu'en journée. Pourtant, j'arrive à mieux me classer la nuit que le jour. C'est la nuit que j'arrive à rattraper les autres concurrents qui sont devant moi, à la fin de l'étape de jour. La différence entre les pilotes sur un rallye se fait surtout la nuit, on roule mieux le jour que la nuit, c'est évident. Mais il y en a quelques-uns uns qui arrivent à faire les mêmes temps, au dixième de secondes près, le jour et la nuit, sur une même spéciale. Personnellement, je suis loin d'arriver à une telle performance, le pire c'est quand on en voit certains qui réalisent les mêmes performances sur route sèches et mouillés, là je dis : Chapeau ! Le jour ou j'arriverais à les égaler, ou en étant plus réaliste, à m'approcher de leurs performances je pourrais dire que je suis devenu bon. Ce n'est pas pour aujourd'hui encore. Pour en revenir à ces reconnaissances, tout ce que je peux dire, sinon ce récit va s'éterniser (quelques-uns doivent déjà le penser) est que je suis rentré lessiver au camping. Je me suis traîné jusqu'à la tente et je n'ai pas mis longtemps à m'endormir. Nous voici à la veille du départ. Je stresse ! Je commence déjà à avoir des nœuds à l'estomac, je me remémore toutes les spéciales, le routier, etc...Bref, vivement que le départ soit donné. Pour dé-stressé, un seul moyen : j'attrape Oural, un cocker roux, mon chien quoi ! Je le mets dans sa sacoche réservoir, sur Pupuce, et nous partons faire un tour tranquillement dans la région. Il n'y a rien de tel que de faire un petit tour en moto pour changer d'air ! ! Sauf que je n'arrive pas à penser à autre chose ! ! ! Je pense que c'est Oural qui doit en profiter le plus, les oreilles au vent. Il sent un peu toutes ces odeurs nouvelles pendant que nous flânons, au gré des départementales. Un peu plus tard, de retour au camping, Elisabeth et moi faisons l'inventaire de tout ce que j'aurais besoin pour le lendemain. Les bidons d'essences sont pleins, le matériel est prêt et Pupuce est inspectée sous toutes les coutures. OK Demain, c'est parti ! Réveil à 08h00. P... que c'est dur ! Il fait jour et ça caille. J'enfile ma combinaison de cuir, j'avale un petit déjeuner, je stresse toujours, tout comme hier, mais là il va falloir y aller. Direction le centre ville du PUY EN VELAY. A l'office de tourisme je me présente pour le contrôle administratif. Les filles de l'organisation du motoclub, me demandent ma confirmation d'engagement, et vérifient permis de conduire, assurance, etc... et me remettent le carton pour le contrôle technique. Le contrôle technique, une petite angoisse, j'ai peur de prendre une pénalité pour le bruit. Effectivement, lors de ce contrôle, fait par un commissaire technique de la FFM, outre la vérification de la conformité de la moto par rapport au Code de la Route, un contrôle au sonomètre est réalisé sur les échappements. Si le bruit est supérieur à ce qui est marqué sur la carte grise, on a le risque de prendre des pénalités de temps. Pupuce, devrait faire 90db à 4500tours/minutes et au sonomètre elle a...92 ! Gasp ! Je ne suis pas encore parti que déjà, je viens de prendre 10 secondes de pénalités. Je suis dégoûté ! Mais ce sont les règles. Tant pis ! J'accuse quand même le coup, le moral n'est plus au beau fixe. Je laisse Pupuce dans le parc fermée et nous nous retrouvons, Elisabeth, Oural et quelques copains pilotes autour d'une bonne table. Le départ a lieu à 12h30, autant en profiter pour manger. Le stress (encore !) aidant, je n'ai pas beaucoup d'appétit, et vers 13h00, je retourne au parc fermé, afin de me préparer et je constate avec surprise que personne n'est encore parti. Un problème au niveau d'une spéciale, le médecin n'est pas là. Les organisateurs ont rappelé ce dernier, qui avait oublié de venir, et le départ sera donné vers 13h30. Vu le nombre de participants, c'est vers 14h30 que je vais enfin pouvoir m'élancer. Je rentre sur le parc fermé et pousse Pupuce, vers la zone de départ, un dernier petit tour pour voir si tout va bien et je démarre. Voilà, elle commence à s'échauffer. Un peu comme quelqu'un qui se réveille, elle s'ébroue, de temps en temps je ressens un petit éternuement au niveau des carbus. Tout va bien, on va pouvoir partir dans 5 à 10 minutes environ, lorsque ce sera notre tour. Voilà, nous nous avançons devant le podium du speaker du PROGRES, et pendant qu'il nous présente, je me remémore la suite du parcours. Le speaker fait l'éloge de Pupuce, en parlant de sa préparation, des modifications qui lui ont été portées, il est vrai qu'elle n'a plus grand chose à voir avec le modèle original, et il finit par la liste des sponsors. D'ailleurs, j'apprendrais par la suite que j'étais déjà en train de partir quand il a fini de la lire. Il a même rajouté, en rigolant, qu'avec le nombre de sponsors que j'avais, je ferais bien d'en donner aux autres. Nous sommes partis ! Enfin ! Nous y sommes ! je n'ai pas fait 100m que déjà je rattrape Didier CAROFF et son VFR tout bariolé. Un personnage bien typique des rallyes. Didier arrive toujours le jour même de la course, avec son travail, il finit le vendredi soir, charge sa moto sur la remorque, et arrive le matin, juste avant le départ. Juste à l'heure ! Il fait partie de ces mordus, qui aiment les rallyes. Il ne fait jamais de reconnaissance, et le premier tour est assez galère pour lui, car il doit lire son road-book, conduire, ne pas se perdre, et respecter les temps entre les CH. Une autre particularité de Didier, il voit très mal de nuit. Je ne vous fais pas un dessin lorsqu'il s'agit de faire les spéciales de nuit : Il galère. Mais il aime ça, c'est assez comique pour un opticien. Nous faisons donc ensemble le routier jusqu'à la première spéciale. Lors du départ, on nous avait indiqué que sur cette portion de route, très belle et très large, qu'il y aurait un radar. Les collègues gendarmes, comme cela peut se faire dans les rallyes, avaient prévu de mettre un contrôle de vitesse. Il est prévu que l'on respecte le Code de la Route sur le parcours routier, donc... Grâce à cela, j'ai eu le temps d'admirer le paysage pendant 30km, ...c'est beau ! Sérieusement, le paysage est sympa. J'arrive au CH, avec de l'avance, malgré m'être traîné comme un escargot. On se retrouve entre pilotes à discuter en attendant de pointer devant la table installé par les organisateurs. J'ai toujours ce satané stress qui s'acharne ! Je pointe, je remonte sur Pupuce, et 1km plus loin j'arrive devant le 1er départ de la 1ère spéciale. C'est le moment que j'attendais depuis longtemps. Je ne vous parlerais pas de l'état de mon estomac, ni de l'absence de salive, ni des montées de chaleur que je sentais remonter le long de ma colonne vertébrale, mais juste de l'ambiance. Un moment très particulier, il faut le vivre pour pouvoir le ressentir, surtout lorsque l'on positionne la moto sur la ligne de départ. Je vous ai déjà parlé de cet instant qui précède un départ, et de tout ce que je ressentais, aujourd'hui je revis la même chose. Je ne sais pas si c'est cet état d'esprit que je recherche dans ces courses ou autre chose, mais c'est très particulier. 5 !... 4 !... 3 !... 2 !... 1 !... GO ! Dans cette spéciale, enfin, je me détends, les virages s'enchaînent les uns après les autres, j'entends racler les cale-pied, et le sabot également de temps en temps. J'entends les claquements des gravillons contre les pots d'échappements, et d'un coup je franchis la ligne d'arrivée au sommet d'une bosse. Pupuce décolle des deux roues et atterrit un peu plus loin, quoi c'est déjà l'arrivée ? ?Ben oui ! J'arrive au point stop, le temps de voir mon temps et je repars de suite vers la seconde spéciale, sans perdre de temps. On se trouve maintenant sur la partie du routier plus difficile pour Pupuce et moi, donc je mets gaz afin de ne pas perdre de temps jusqu'au CH suivant. Le reste du routier se passe sans problème et nous arrivons au départ de la deuxième spéciale. J'ai déjà deux fois moins de stress, je pense qu'après celle là je devrais franchement mieux aller. Les commissaires nous font quelques recommandations, et nous précisent qu'il y a beaucoup de graviers qui se sont décollés, et qui se trouvent sur la route. Ils nous précisent que cela devrait être bruyant mais que l'adhérence devrait être là. --- C'est le " devrait " qui me chiffonne un peu... Départ de la seconde, 4 km plus loin, je vais bien, la montée était superbe, je me suis régalé, le top ! La fin de la boucle se passe tranquillement, j'arrive de très bonne humeur au camping pour l'assistance. Elisabeth est là et me donne un petit coup de main, en fait après avoir fait le tour de Pupuce, nous nous apercevons qu'il n'y a rien à faire ! La chaîne est encore bien graissée, le niveau d'huile est OK, et l'essence n'est même pas encore à moitié. Ceci me laisse un peu de temps pour grignoter. Sans stress, l'appétit revient... Le reste de la journée se passera de la même façon, tout marchera bien. A la fin de l'étape de jour, une dernière assistance pour préparer Pupuce à l'étape de nuit : chek-up complet tout va très bien et c'est confiant que je l'emmène au contrôle technique avant l'entrée au parc fermé. Là ! Surprise, le commissaire technique la fait repasser au sonomètre ! Et deuxième surprise il m'annonce 94db ! ! ! Soit 30 secondes de pénalités ! ! Je n'y crois pas ! Heureusement, il me reste un peu de temps et je retourne au camping, pour essayer de faire quelque chose. D'accord ! Mais quoi ? En désespoir de cause je resserre tous les boulons et tous les écrous des silencieux et je retourne à l'entrée du parc fermé, en espérant que je ne serais pas sanctionné. De nouveau contrôle au sonomètre, et là le commissaire technique passe le silencieux de droite, et ensuite celui de gauche. Nous nous apercevons que l'un d'eux délivre 89db et l'autre 94db, certainement un a du se dégrader pendant la journée. J'essaie de marchander avec lui en lui demandant son indulgence, et il consent à m'accorder la même pénalité qu'au matin, soit 10 secondes. J'accepte, de toute façon je n'ai pas le choix. Cette histoire m'a un peu coupé l'appétit, mais j'apprendrais des organisateurs qu'aucune pénalité pour le bruit ne sera compté pour l'étape de nuit. Ouf ! Il ne reste plus que l'étape de nuit à faire et au vu de mes résultats de l'étape de jour (22ème : mon meilleur résultat de la saison !) je pars confiant. Ce n'est sans compté le problème qui m'arrivera dans la deuxième spéciale de cette étape. La deuxième spéciale de nuit, la longue, a été fatale pour moi. A l'avant dernier virage, la roue avant de Pupuce a décroché brusquement et je suis allé percuter le talus d'en face à pleine vitesse. Il y avait un gros freinage, dans la partie, précédent ce dernier, sur un goudron très accrocheur, et lorsque je suis passé sur du goudron plus lisse et certainement légèrement humide avec la nuit, je n'ai rien pu faire. Je me souviens juste du début de la chute, du frottement par terre et puis plus rien. Je me suis réveillé dans le véhicule des pompiers, j'étais allongé sur le brancard. Juste à temps, pour voir un pompier, armé d'une paire de ciseaux, qui s'apprêtait à découper ma combinaison. J'ai eu le réflexe de crier STOP ! J'ai du lui faire une de ces peurs ! Et comme ça, avait l'air d'aller, ils m'ont aidé à enlever cette dernière. Ils m'ont ensuite donné mon téléphone portable, je ne sais pas où il l'avait trouvé, car il était sous la selle de Pupuce, et j'ai de suite appeler Elisabeth afin de la rassurer sur mon état et je lui ai dit où ils m'emmenaient. Voilà, c'est fini pour moi, pour ce rallye, j'ai reçu une injection et je suis parti dans le pays des rêves dans lequel je n'étais pas tombé, où Pupuce n'avait rien, et où je n'avais pas mal. Le lendemain, au réveil, j'ai compris que je m'en sortais bien, pas de gros bobos. A par un traumatisme crânien qui allait m'obliger à rester un jour de plus au PUY en observation, sans oublier quelques entorses aux genoux, à la cheville, et la tête, alouette ! Je garde bien l'espoir de retaper Pupuce très rapidement et mon but est le prochain rallye, celui de TAIN L'HERMITAGE le 02/09/00. Déjà les sponsors, à la date où je rédige ces dernières lignes, m'ont assuré de leur soutien et ont commencé à m'envoyer des pièces et il va y en falloir quelques-unes unes... Gardons espoir et à suivre.... Nils Moulin |