24H00 Moto du Mans 2002
Résumés de Course de Bertrand Sebileau

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Mort d'une DIVA ...

Sortie de sa maison de retraite pour une dernière apparition sur scène, la ZX-7R Superbike aura joué sa partition finale dans la douleur ponctuée par plusieurs défaillances ayant nécessitées soins intensifs et réanimation.
La première alerte, ce fut la casse du pignon de troisième lors des essais pré-24 Heures fin Mars.
Pourtant, en plus de dix ans de course, jamais la boîte de vitesses n'avait connu le moindre problème.
Lors des premiers essais de la semaine du Mans, une autre casse inédite m'envoie violemment au tapis, celle d'un roulement de roue arrière qui bloque cette dernière, plein angle, dans le premier des esses bleus.
Pilote et moto fripés dès le premier jour, c'est ensuite au tour de Jehan, dès le lendemain, de s'envoler méchamment sur ce qui semblerait être un blocage de boîte.
Les trois chutes suivantes sont identiques et partagées par les trois pilotes à savoir perte d'adhérence de l'avant sur l'angle.
La cause est claire : l'absence d'essais préalables du fait de la décision tardive de Kawasaki de revenir en Endurance nous a fait commettre des erreurs de choix de pneumatiques avant qui, avec de nouvelles carcasses, modifient le comportement des gommes habituellement choisies en fonction de la température de piste.

La Kawasaki ZX7r de Bertrand Sebileau, Pilote Kawasaki FranceEnfin, la dernière chute à l'actif de Jehan qui en aura connu trois dans la journée de Jeudi est à créditer sur le compte de la malchance puisqu'il se fait catapulter sévèrement sur une grosse équerre provoquée par une flaque d'huile laissée par un concurrent lors des essais de nuit.

Six chutes en deux jours, on ne doit pas être loin du record !

Bien évidemment, ces essais perturbés rejaillissent sur nos chronos et au cumul des trois pilotes, nous nous positionnons sur la septième place de la grille de départ.
Mais après tous ces déboires, nous pensons avoir mangé notre pain noir et l'optimisme règne pour la course. Ayant été le plus rapide aux essais, je suis désigné pour prendre le départ.
Je m'élance pour le tour de chauffe et me fais une chaleur en arrivant à la chicane de la courbe Dunlop sans frein avant. J'ai beau pomper plusieurs fois sur le levier, rien ne vient et je parviens en catastrophe à négocier la chicane en coupant les vibreurs.
Je repompe sur le levier avant le nouveau virage de la chapelle et le frein réapparaît normalement et ne me cause plus de soucis lors des deux tours de chauffe.
En repositionnant la moto sur sa place de départ, je signale l'anomalie à Jean-Michel, le mécano chargé de tenir la moto lors de la procédure de départ et ce dernier vérifie le système qui lui paraît normal.

15 Heures, je prends un départ très correct même si les 1000cm3 Super Production s'élancent mieux et me débordent avec le couple de leur moteur et leur étagement de boîte d'origine beaucoup plus favorable au démarrage que la première à 55% de ma boîte racing. Je me méfie du frein avant et me place en extérieur et coupe tôt dans la courbe Dunlop.
Mais même ces précautions ne suffisent pas car le frein a de nouveau disparu et j'arrive beaucoup plus vite que lors du tour de chauffe. Le frein arrière me ralentit mais pas suffisamment pour éviter de percuter un concurrent.
Par chance, j'ai réussi in-extrémis à passer ma roue avant à gauche de sa roue arrière, sinon, c'était la culbute assurée. Mais je ne suis pas tiré d'affaire pour autant car malgré plusieurs pompages sur le levier, le frein est toujours inexistant et je traverse le bac à graviers avec encore beaucoup de vitesse.
Je vois le moment où je vais recouper en perpendiculaire le paquet au milieu de la chicane. Mais heureusement, la conjugaison du frein arrière et des graviers me ralentit juste suffisamment pour me permettre de tourner au raz des concurrents en revenant sur le bitume.
Putain, c'était chaud et je ne vous raconte pas la pagaille que ça aurait mis si j'avais croisé et percuté le paquet compact de 55 motos.
Comme lors du tour de chauffe, le frein réapparaît après quelques pompages supplémentaires pour le virage de la Chapelle et restera constant par la suite.
En revanche, quelques gouttes que je prends d'abord pour de la pluie, viennent maculer ma bulle et ma visière. Mais comme personne ne semble rendre la main, je me rends vite à l'évidence, ce n'est pas de la pluie et ça vient de ma moto.
Tout le relais, je suis arrosé de ce liquide que je ne parviens pas à identifier, priant pour que ce ne soit pas celui du bocal de frein. Mais le frein restera constant tout le relais, hormis après un guidonnage un peu violent sur la bosse de la sortie du Musée qui m'écarte les plaquettes et m'occasionne un tout droit au Garage vert, le temps mis à les rapprocher ayant trop diminué ma distance de freinage.
En fait, c'était l'essence contenue dans le récupérateur malmené lors de la percussion qui s'échappait et me repeignait. Une fixation de carénage s'est brisée également dans le choc et nous perdons deux tours à tout remettre en ordre.
Tout se normalise ensuite et nous remontons régulièrement au classement. Hormis une vibration inquiétante au début de mon deuxième relais, qui va en s'amplifiant puis qui se stabilise, tout fonctionne parfaitement et les chronos sont bons. Au 3/4 de ce relais, je perds les deux roues au milieu de la chicane du Chemin aux Boeufs et en appui sur le genou, parvient à rattraper la moto. Chaud !
Au tour suivant, je rends la main dans cette chicane et malgré cela, glisse encore un coup mais beaucoup moins méchamment. C¹est une fine bruine quasi imperceptible qui en est la cause et j'apprendrai par la suite que Bayle s'y est fait piéger et que Mertens y a frôlé aussi la correctionnelle en terminant dans le bac à graviers.
Cette bruine très vicieuse se déplace sur le circuit et change de virage d'un tour sur l'autre. La difficulté consiste alors à se souvenir depuis combien de tour il ne bruine plus dans tel ou tel virage pour pouvoir y aller sans retenue.
Je suis alors content lorsque la Honda Daffix avec qui nous nous battons pour la 5ème place me passe et je calque son rythme à petite distance.
Comme cela, s'il y a piège, je ne serai pas en première ligne. Je passe le guidon à Jehan dans ces conditions difficiles et le reprends après Fred pour le premier relais nocturne.
Nous sommes à ce moment à une trentaine de seconde de la Suzuki n°2 qui occupe la 4ème place.
En étant le plus rapide en course à ce moment-là, je lui reprends une seconde au tour et devrais la passer avant la fin du relais.
Tout va bien, plus aucun problème n'affecte la moto, le temps est sec, je me fais plaisir.
Mais au bout d'une douzaine de tours, la moto part en glisse de l'arrière en entrée du Musée comme sous l'effet d¹un frein moteur exagéré.
Je réaccélère doucement Tout semble normal. En revanche, j'ai une soudaine et brutale perte de puissance en sortant du Garage Vert. Je relâche les gaz puis les reprends, la moto repart normalement. Mais 200 mètres plus loin, la bielle qui était en train de serrer sur son maneton explose et traverse les carters provoquant une explosion et de magnifiques flammes dans la nuit lorsque l'huile vient se répandre sur le collecteur.
Le coeur vient de lâcher. Cette fois-ci, c'est la vraie fin de la ZX-7R Superbike, une Diva Fantastique, une reine de la course qui sera morte sur la scène où elle a tant de fois brillé, d'un arrêt cardiaque.

Bertrand Sebileau