Les 24H00 Moto du Mans 2001
Brooklands Motors Team Esprit Racing
Le Billet d'humeur de Bertrand Sebileau
Bertrand SebileauLa Kawa Furtive ...
Le calendrier 2001 étant ainsi (mal) fait, les courses et les essais se sont enchaînés sans interruption depuis trois semaines. Essais au Mans avec la ZX-12R puis Superbike à Magny Cours dans la foulée il y a quinze jours, Superbike à Albi il y a une semaine qui s'enchaîne directement avec les 24 Heures du Mans les essais ayant débutés mardi dernier. Pas le temps de souffler ni de se préoccuper d'autre chose que de la course. Cette 24ème édition des 24 Heures a été particulière pour moi, tant dans son déroulement que dans l'ambiance qui y a régné. Nouvelle équipe même si quelques membres me sont familiers, nouvelle moto même si les essais effectués préalablement m'y ont déjà habitué, nouveaux co-équipiers quoique Fred était pilote de réserve l'an passé et partage la structure TKF avec moi en Championnat de France et Stéphane a déjà été mon co-équipier chez National Moto il y a quelques années. Bref, des changements qui n'en sont pas véritablement avec une constante : le circuit et la météo. En ce qui concerne l'équipe, c'est celle de Scratch Moto renforcée de quelques mécanos TKF, de
Christian Bourgeois et d'élèves ingénieurs d'Angers. Il y a beaucoup de monde et une semaine est trop courte pour qu'un réel rapprochement s'effectue même si tous étaient fort sympathiques. D'autant plus qu'avec la nouvelle moto, le travail de mise au point est important et requiert beaucoup de concentration. Un truc qui change, c'est l'engouement que suscite cette moto auprès du public. Kawa a toujours eu une grosse cote d'amour au Mans avec la n°11. Mais l'engagement de la 750 était devenu habituel, classique. Avec la ZX-12R, nous avons proposé de l'exceptionnel qui a visiblement enthousiasmé les spectateurs si l'on en juge par la quantité d'encouragements et de témoignages de sympathie reçus de motards lambdas croisés sur le paddock. Notre mise hors classements de course engendrée par la pression sur l'organisateur de quelques concurrents à l'esprit sportif douteux, a aussi contribué à rendre notre engagement un peu hors normes. Aux essais qui démarrent comme depuis le début, sur piste mouillée, nous confirmons que notre moto va bien. En revanche, lorsque nous avons enfin du bitume sec à mettre sous nos roues le mercredi matin, nous nous rendons compte que les réglages, nickel sous l'eau, offrent une très grande instabilité à la moto sous les contraintes supérieures induites par une piste bien accrocheuse. Tous les ajustements de suspensions et d'assiette de la machine ne changent pas grand-chose et je peux vous certifier que les spectateurs de la courbe Dunlop lors de la première séance chronométrée ont du êtres très fortement impressionnés par les louvoiements et les ruades de la moto à plus de 260 km/h. Cela ne m'empêche pourtant pas de réaliser le3ème temps juste derrière les deux Superbike d'usine et devant la Super-Production de Méliand. Lors des essais de nuit, nous modifions la longueur des biellettes de suspension arrière pour modifier l'épure et, si la moto tourne beaucoup moins bien, elle retrouve une bien meilleure stabilité qui me permet de réaliser le deuxième meilleur temps. Lors de la deuxième séance chronométrée, je suis gêné dans mon premier tour rapide et chute dans le second suite à une équerre raccrochée très violente en sortie du virage du Musée. Les dégâts sur la moto ne sont heureusement pas trop graves et je m'en tire contusionné mais sans blessure sérieuse à déplorer. Je réalise quand même encore une fois le troisième temps mais le reconditionnement de la moto empêche mes co-équipiers d'améliorer leur chrono de la veille et aux temps cumulés des trois pilotes, nous nous élancerons de la septième place sur la grille de départ. Au warm up, la moto est en panne intermittente d'allumage, la faute au système automatique de coupure lorsque la moto chute. Nous ne découvrons le problème qu'en fin de séance et je ne peux faire que deux tours pour vérifier que tout va bien.Au départ de la course sous un soleil printanier, la température plus élevée aurait nécessité de refermer les hydrauliques de suspension et, avec le réservoir plein de ses 24 litres qui modifie la répartition des masses, la moto a retrouvé son instabilité. Malgré ça, les temps au tour sont corrects et, aidés par deux chutes de concurrents plus véloces, nous nous retrouvons très vite 5ème. Mon deuxième relais se passe mieux, la température ayant fraîchi, la moto a retrouvé plus de stabilité et le pneu arrière se comportemieux. Je m'amuse plus et aligne les tours en 1'46'', ce qui, à ce moment de la course, est parmi les plus rapides. Nous sommes remontés 3ème lorsqu'un incident stupide vient tout gâcher. Fred qui vient de prendre le relais sort du virage du Musée lorsque le moteur coupe. Il prend l'embrayage et continue en roue libre ignorant du problème et garde le maximum d'élan pour avoir le minimum de distance à pousser pour retourner au stand. L'extinction du moteur a été provoquée par la Durit d'arrivée d'essence qui s'est coupée et celle-ci repeint copieusement le pneu arrière. Mais Fred l'ignore et lorsqu'il rentre dans le virage du Garage vert, l'arrière chasse et raccroche violemment l'envoyant lourdement au tapis. Fred surnommé Le sanglier de Bourges démontre sa robuste constitution car malgré un gros et très douloureux choc dans le dos, il parvient à ramener en poussant la moto blessée jusqu'aux stands. Mais dans la cabriole, le carter d'alternateur n'a pas résisté et la queue de vilebrequin est touchée provoquant l'abandon du monstre. Dommage car notre pari un peu fou de se battre devant avec une ZX-12R à priori inadaptée à ce genre d'utilisation, était en passe de réussir. On sera peut-être à Spa avec notre monstre qui aura là, un terrain de jeu bien plus propice pour s'exprimer que le circuit un peu étriqué du Mans.
A suivre
Bertrand Sebileau

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